Il y a des restos qui collent le mot « fusion » sur leur carte en espérant que ça passe, et puis il y a l’Osteria Angelina.
Nichée dans Nicholls & Clarke Yard, juste à côté de la très animée Blossom Street à Shoreditch, c’est la petite sœur plus récente et plus décontractée de l’Angelina de Dalston, très appréciée. Elle reprend le même concept mêlant cuisine italienne et japonaise pour en faire un vrai dîner, plat après plat.
Le cadre y est pour beaucoup. L’Osteria Angelina dégage cette énergie typique de l’Est de Londres, à la fois chic mais pas guindée : des tables animées et une cuisine ouverte pleine de vie.
C’est le genre d’endroit où tu réserves pour un anniversaire, une sortie entre potes qu’on a trop longtemps repoussée, ou un mardi que tu as décidé de traiter comme un vendredi.
On a commencé, comme tout le monde devrait le faire, par le pain au lait d’Hokkaido, accompagné de confiture et de beurre au miel brûlé. Il était moelleux, léger et légèrement sucré, et le beurre au miel brûlé lui donnait une note caramélisée, presque grillée.

On a commandé pour partager. Avec le recul, c’était une erreur stratégique.
La « Magic Tomato Salad » d’Usman mérite bien son nom. Les tomates étaient pleines de saveur et mûres, rehaussées par un granité de salsa verde vif qui apporte de la fraîcheur à l’ensemble sans le rendre trop riche. C’est vraiment le genre de plat « végétarien qui fait trembler les plats de viande », et ça montre d’emblée à quel point la cuisine maîtrise les légumes.
Le thon, le ponzu maison et le wasabi, c’est le petit intermède pour rafraîchir le palais avant que le vrai festin de féculents ne commence.

Mais c’est avec ses pâtes qu’Osteria Angelina se surpasse vraiment.
Les tortellinis à la truffe et au kombu ont été l’un des moments forts de la soirée : des pâtes délicates, une farce intensément savoureuse, et cette combinaison astucieuse entre la truffe terreuse et le kombu marin, riche en umami. Le résultat est à la fois réconfortant et typiquement italo-japonais, sans qu’aucune des deux cuisines ne prenne le dessus sur l’autre.
Les bottoni aux aubergines au miso et au furikake aux pignons de pin sont leur cousin un peu plus déjanté. Des pâtes bien charnues, des aubergines douces et fumées, et le croquant savoureux et noiseté du furikake les rendent incroyablement addictifs. Si les tortellini sont ceux que tu recommanderais à ton ami le plus snob en matière de bouffe, ce sont ceux-là dont tu rêveras sur le chemin du retour.
Juste au moment où tu penses en avoir fini, la côte de porc de Gloucester vieillie à sec arrive et te rappelle pourquoi l’Osteria Angelina dispose d’un grill. Cuite au charbon de binchotan, elle est bien carbonisée à l’extérieur et juteuse à l’intérieur, avec cette saveur concentrée, presque noisettée, que seul un véritable vieillissement à sec peut offrir.
C’est un plat à partager dans le meilleur sens du terme : assez copieux pour créer une ambiance de fête, et qui va forcément déclencher une compétition discrète mais acharnée pour les dernières parts.
Faut-il y aller ?

Tout à fait. L’Osteria Angelina réussit le pari difficile de rendre la fusion naturelle plutôt que de la présenter comme une simple nouveauté. On y retrouve la générosité italienne, la précision japonaise et une cuisine qui sait clairement ce qu’elle fait.